Sur les terrains de football féminin de la province de Luxembourg, il n’est pas rare d’apercevoir Antoine Cornet appareil photo en main, installé le long de la ligne de touche à la recherche de l’action, d’une émotion ou simplement d’un instant qui racontera quelque chose. Partenaire de Balle au Centre, le photographe s’investit aujourd’hui pleinement dans un football féminin qu’il aimerait voir davantage mis en lumière.
La photographie, pourtant, ne s’est pas imposée récemment dans sa vie. Antoine Cornet tient un appareil entre les mains depuis l’adolescence.
« Depuis le début de mon adolescence, je fais de la photo », explique-t-il.
Avant les terrains de football, son objectif s’est posé sur de nombreux univers. Paysages, photographie animalière, mais également déjà le sport. À l’époque où il pratiquait encore le karaté, Antoine photographiait notamment les différents événements organisés par son club.
Une passion qui a donc grandi avec lui, bien avant que le football féminin ne prenne une place importante dans son travail.
Une histoire qui commence grâce à sa filleule
Son arrivée autour des terrains de football féminin s’est finalement faite de manière assez naturelle.
« C’est tout simplement ma filleule, qui est dans le football féminin, qui m’a un jour proposé d’aller la prendre en photo. J’y suis allé une ou deux fois, puis les copines de l’équipe ont également demandé des photos. De fil en aiguille, j’ai reçu d’autres demandes, que ce soit d’autres équipes ou d’autres clubs. »
Quelques premières photos qui vont progressivement l’amener à parcourir davantage les terrains de la province.
Car photographier le football ne consiste pas seulement à déclencher au moment d’une frappe ou d’un duel. Antoine recherche évidemment l’action, mais pas uniquement.
« Il y a les actions, bien entendu. Les émotions aussi, même si c’est beaucoup plus compliqué à avoir parce qu’il faut être là au bon moment. Et puis il y a également toute l’ambiance. »
La lumière fait notamment partie intégrante de son travail. Entre une rencontre disputée en pleine journée, un coucher de soleil ou un match joué en soirée, les conditions peuvent complètement transformer le rendu d’une image.
« Le soir, il y a aussi le challenge de photographier avec très peu de lumière. »
L’émotion avant la perfection
Pour Antoine Cornet, une belle photographie de football n’est d’ailleurs pas forcément une photographie techniquement parfaite.
Ce qui compte parfois davantage, c’est ce qu’elle raconte.
« Je pense que c’est lorsqu’il y a de l’émotion. J’ai des photos que je considère comme belles parce que c’était justement le moment où il y avait eu un but ou une émotion particulière. Et ça fonctionne mieux alors que, techniquement, la photo est quasiment ratée. »
Une manière de résumer parfaitement son approche : capturer un souvenir avant de rechercher uniquement la perfection.
Un but, une célébration, un regard ou une réaction peuvent ainsi transformer une image imparfaite en photographie mémorable.
« Le football féminin est encore trop peu mis en avant »
À force de fréquenter les terrains, Antoine s’est également construit un regard sur la place réservée au football féminin dans la province.
Et pour lui, le constat reste assez clair : il manque encore de visibilité.
Le nombre de supporters présents autour des terrains reste notamment inférieur à celui observé dans le football masculin. Mais Antoine estime également que les clubs et les médias peuvent encore faire davantage.
Il constate aussi un certain manque de stabilité dans le développement des équipes féminines.
Certaines structures décident de lancer un projet, tandis que d’autres disparaissent quelques saisons plus tard.
« Il y a des clubs qui veulent essayer et, à contrario, d’autres qui ont essayé et qui trouvent que ce n’est pas assez rentable. »
Une réalité qui complique forcément l’installation durable du football féminin dans le paysage provincial.
Des photographes encore trop rares
Antoine le remarque directement lorsqu’il travaille au bord des terrains.
Durant une grande partie de la saison, les photographes restent peu nombreux autour des rencontres féminines.
Les choses changent lorsqu’arrivent les grandes affiches.
« Quand tu regardes les seuls matchs où il y a d’autres photographes amateurs, où la presse est vraiment présente ou encore des photographes qui couvrent principalement le football masculin, ce sont généralement les finales de Coupe ou les matchs avec un véritable enjeu. »
Une présence médiatique qui reste donc, selon lui, beaucoup trop occasionnelle.
« Cela représente peut-être deux ou trois matchs sur une saison où ils sont là. C’est encore trop peu. »
Une phrase qui résume parfaitement l’un des combats qu’Antoine mène indirectement à travers ses images : montrer que le football féminin mérite d’être photographié et raconté tout au long d’une saison, pas uniquement lors des grandes occasions.
Trouver un meilleur équilibre dans les médias
La presse traditionnelle est également pointée du doigt.
Antoine prend un exemple très concret : celui de la place accordée au football féminin dans les comptes rendus du lundi.
« Le lundi matin, tu as un quart de page maximum sur le féminin et tout le reste est consacré au football masculin. »
Il reconnaît évidemment que le football masculin compte davantage de séries et de rencontres dans la province. Mais cela ne doit pas empêcher, selon lui, de rechercher un meilleur équilibre.
« Il faudrait avoir quelque chose d’un peu plus équilibré. Même si le football féminin n’a que deux catégories et que le football masculin en possède beaucoup plus, il faudrait quand même équilibrer les choses. On te résume deux catégories sur une partie de page. »
Une collaboration naturelle avec Balle au Centre
C’est précisément cette volonté de donner davantage de visibilité au football féminin qui a rapproché Antoine Cornet de Balle au Centre.
Lorsqu’on lui demande pourquoi il a accepté de collaborer avec le projet, sa réponse est finalement assez simple.
« Parce que c’est quelqu’un qui essaye justement de vouloir mettre le football féminin un peu plus en avant. »
Une philosophie commune.
Depuis cette saison, Balle au Centre souhaite renforcer progressivement sa couverture du football féminin provincial. Articles, interviews, débriefings et contenus autour des différentes compétitions doivent permettre de donner davantage de place aux joueuses et aux clubs.
Et dans cette volonté, l’image a forcément une importance particulière.
Car avant même de lire le récit d'une rencontre, c’est souvent une photographie qui permet de transmettre une émotion.
Derrière chaque photo, une histoire
Antoine Cornet continuera donc cette saison à parcourir les terrains avec son appareil.
Toujours à la recherche de cette fraction de seconde où une action, un regard ou une célébration deviennent un souvenir.
Son travail rappelle également une réalité parfois oubliée : derrière chaque image publiée après une rencontre se trouvent du temps, des kilomètres, des conditions météorologiques parfois compliquées et surtout beaucoup de passion.
Et si le football féminin provincial souhaite continuer à grandir, sa visibilité passera aussi par celles et ceux qui choisissent de raconter son histoire.
Antoine Cornet a choisi de le faire derrière son objectif.



