Née de la volonté de rassembler les forces vives de Salm, Sart et Lierneux, JUNA Foot est aujourd'hui devenue une référence dans la formation des jeunes en province de Luxembourg. À l'origine du projet, Pierre Willem revient sur les débuts parfois compliqués de cette association unique en Belgique, sur l'évolution des mentalités et sur les défis qui attendent encore la formation des jeunes. Une conviction guide toujours son engagement : former des joueurs, mais surtout construire l'avenir du football régional.
Une idée née d'un constat partagé
Lorsque Pierre Willem évoque la naissance de JUNA Foot, il ne parle pas d'une fusion imaginée autour d'une table. Tout est parti d'un constat simple : les clubs de la région peinaient à constituer des équipes complètes et devaient régulièrement faire monter des enfants d'une ou deux catégories simplement pour pouvoir jouer.
« Au départ, tout est parti de discussions entre entraîneurs des différents clubs de la région. On essayait tous de bricoler nos catégories dans nos villages. On faisait parfois monter des gamins d'un ou deux ans juste pour constituer une équipe. En regardant les choses dans leur ensemble, on s'est rendu compte qu'en réunissant nos forces, on pouvait enfin proposer de vraies équipes dans toutes les catégories et structurer correctement la formation. »
À partir de là, Pierre Willem décide d'aller défendre cette idée auprès des différents clubs, des entraîneurs et des communes.
« J'ai pris mon bâton de pèlerin et je suis allé rencontrer les différents clubs, les entraîneurs et les autorités communales pour expliquer le projet. Petit à petit, tout le monde a commencé à comprendre où nous voulions aller. »
Cette réflexion donnera naissance à JUNA Foot, une structure qui rassemble aujourd'hui les jeunes de Salm, Sart et Lierneux.
Une première en Belgique
Très vite, les responsables souhaitent aller plus loin qu'une simple association entre clubs.
Ils demandent alors un matricule propre auprès de l'Union belge, une démarche totalement inédite à l'époque.
« Nous sommes la première association en Belgique à avoir obtenu un matricule propre. Au départ, la Fédération n'était pas très chaude parce que nous ne possédons pas d'infrastructures. Ce sont les clubs qui mettent leurs installations à disposition. Avec l'ACFF et le CP Luxembourg, nous avons finalement réussi à faire reconnaître notre fonctionnement. »
Aujourd'hui, cette reconnaissance permet à JUNA Foot de gérer entièrement la formation des jeunes des trois clubs partenaires.
Surtout, elle offre la possibilité de proposer un encadrement beaucoup plus professionnel.
« Grâce à cette structure, nous pouvons aujourd'hui avoir un préparateur physique, un entraîneur spécifique pour les gardiens ou encore une préparatrice mentale. Si chacun était resté dans son coin, cela n'aurait jamais été possible. »
Convaincre avant de construire
Le plus difficile n'a pourtant pas été l'aspect administratif.
Il a fallu convaincre que ce projet ne ferait pas disparaître l'identité des clubs.
« Certains craignaient de perdre la mentalité de leur village, leur blason ou leurs couleurs. Ce sont des réflexions que je peux parfaitement comprendre. Mais il fallait avoir une vision plus globale et penser avant tout à l'avenir de nos jeunes. »
L'objectif était clair : éviter que les meilleurs éléments quittent systématiquement la région pour rejoindre d'autres clubs réputés plus performants.
« Les dirigeants en avaient assez de voir leurs meilleurs joueurs partir ailleurs. Nous voulions proposer une qualité de formation qui donne envie aux jeunes de rester chez nous. »
Une structure qui porte ses fruits
Quelques années plus tard, les résultats sont visibles.
JUNA Foot aligne désormais pratiquement toutes les catégories d'âge, parfois de manière autonome, parfois grâce aux collaborations avec Gouvy et Montleban.
Les jeunes peuvent enfin évoluer dans leur catégorie d'âge sans devoir être systématiquement surclassés.
« Aujourd'hui, un joueur qui arrive chez nous trouve directement une équipe dans sa catégorie. C'était loin d'être le cas auparavant. »
Cette saison marque même une première importante avec deux équipes U14 et deux équipes U15.
Pour Pierre Willem, cela démontre que le football à onze retrouve progressivement de la stabilité dans la région.
Le défi est désormais de fidéliser les jeunes
Si les effectifs sont aujourd'hui plus solides, un autre défi est apparu.
Comme partout, les jeunes sont attirés par d'autres loisirs et les abandons restent nombreux entre la fin de saison et la reprise.
« On sait déjà qu'entre la feuille que l'on remplit en avril et le groupe qui reprend en juillet, ce ne sera jamais exactement le même. Il y aura toujours des arrêts ou d'autres occupations. »
Pour lutter contre cette réalité, JUNA Foot essaye d'impliquer davantage les adolescents dans la vie de l'association.
Arbitrage, encadrement des stages, aide auprès des plus jeunes... chacun peut trouver sa place.
« On veut leur montrer qu'un club, ce n'est pas uniquement jouer au football. C'est aussi une ASBL, des bénévoles, des valeurs et tout un état d'esprit. On essaye de les responsabiliser le plus tôt possible. »
Les premiers résultats commencent déjà à apparaître.
« Lors du dernier stage, plusieurs U17 sont venus encadrer les plus jeunes. L'année prochaine, certains prendront même en charge une équipe U7 ou U8. C'est comme cela que l'on prépare aussi l'avenir du club. »
Une génération qui a changé
Pierre Willem observe également une évolution dans la mentalité des jeunes joueurs.
Selon lui, la patience est devenue plus rare.
« À mon époque, être sur le banc d'une équipe première à 16 ans, c'était déjà énorme. Aujourd'hui, beaucoup veulent être titulaires immédiatement. On veut tout, tout de suite. Pourtant, la progression demande parfois du temps. »
Sans critiquer cette nouvelle génération, il estime que les clubs doivent aussi accompagner ce changement.
Former avant tout
Au-delà des résultats sportifs, la réussite de JUNA Foot se mesure avant tout au nombre de jeunes qui frappent désormais à la porte des équipes premières.
« Cette année, sur nos U19, j'ai vingt-cinq joueurs et dix-huit sont déjà repris dans un noyau d'équipe première. Je ne dis pas qu'ils joueront tous immédiatement, mais il y a quelques années, sortir un ou deux joueurs représentait déjà une réussite. Aujourd'hui, nous en voyons beaucoup plus. »
Même lorsqu'un joueur poursuit sa progression dans un autre club, Pierre Willem considère que le travail est accompli.
« Si un jeune part plus haut, ce n'est pas un échec. Notre mission est de former des jeunes de la région. Ensuite, chacun suit son parcours. »
Une priorité inchangée
Dans les prochaines années, JUNA Foot ne souhaite pas bouleverser son fonctionnement.
L'ambition est avant tout de consolider le travail réalisé depuis plusieurs saisons.
« Notre objectif est de continuer à sortir des jeunes pour les équipes premières de la région. Tout ce que nous entreprenons est pensé pour eux. Le reste est secondaire. Notre priorité restera toujours nos jeunes. »
Dans une époque où de nombreux clubs peinent à remplir leurs équipes de jeunes et où les écrans concurrencent de plus en plus les terrains de football, JUNA Foot prouve qu'un projet collectif peut porter ses fruits. En dépassant les frontières des villages pour mutualiser leurs moyens, Salm, Sart et Lierneux ont bâti une structure qui permet aujourd'hui d'offrir un encadrement de qualité et de redonner une véritable perspective aux jeunes footballeurs de la région. Plus qu'une simple association de clubs, JUNA Foot s'est imposée comme un modèle où la formation, les valeurs et l'humain restent au cœur du projet.



